
En résumé :
- Pour les paysages les plus spectaculaires : visez la première coupe, fin mai à début juin, quand le volume de foin est maximal.
- Pour une ambiance estivale : la deuxième coupe (juillet) offre des scènes de récolte sous un soleil ardent, mais les balles sont moins nombreuses.
- Pour des lumières douces : la troisième coupe en septembre coïncide avec des couleurs d’automne naissantes, idéale pour la photographie.
- Règle d’or : les balles de foin ne restent que 24 à 72 heures dans le champ. La réactivité est la clé.
Le spectacle des balles de foin dorées, éparpillées dans un champ sous la lumière rasante du soir, est une véritable carte postale de la campagne française. Pour les photographes, les promeneurs et les amoureux de la nature, capturer cette scène est un objectif estival incontournable. Beaucoup pensent qu’il suffit de se promener en été pour tomber sur ce décor idyllique. La réalité, cependant, est bien plus complexe et éphémère. Ce paysage n’est pas statique ; il est le résultat d’un travail agricole intense, rythmé par un calendrier précis et des contraintes techniques.
L’erreur la plus commune est de croire que les meules de foin sont un simple décor. Elles sont en fait le fruit d’un processus, une étape fugace dans un cycle économique et écologique. Alors, si la véritable clé n’était pas de chercher au hasard, mais de comprendre le « pourquoi du comment » ? Comprendre le calendrier des coupes, les spécificités d’un terroir comme la Crau et les règles de bienséance à respecter change radicalement l’expérience. Cela permet de passer du statut de simple spectateur à celui d’observateur averti, capable d’anticiper le bon moment et de profiter du spectacle en toute intelligence.
Ce guide vous propose de plonger dans les coulisses de ce paysage emblématique. Nous décoderons ensemble le cycle du foin, de l’irrigation surprenante de la Crau à la destination finale des précieuses bottes, pour vous permettre de planifier votre visite au moment parfait.
Pour vous aider à naviguer dans ce monde fascinant, cet article explore les différentes facettes de la culture du foin. Le sommaire ci-dessous vous guidera à travers les points essentiels pour une expérience réussie et respectueuse.
Sommaire : Le guide complet pour observer les récoltes de foin
- Pourquoi inonde-t-on les prés de Crau alors que l’eau est précieuse en été ?
- Comment réussir vos portraits au coucher de soleil avec les balles de foin sans gêner l’agriculteur ?
- Export ou local : où partent les milliers de tonnes de foin produites chaque année ?
- L’erreur de la voiture garée devant l’accès au champ qui bloque le travail des tracteurs
- Quand a lieu la fête du Foin à Saint-Martin-de-Crau et que peut-on y voir ?
- Quelle coupe (1ère, 2ème ou 3ème) privilégier selon les besoins nutritionnels de vos animaux ?
- Quand le paysage agricole change-t-il trop pour ne plus ressembler aux tableaux du XIXe ?
- Comment pédaler sur la Via Rhôna face au Mistral sans s’épuiser en 10 km ?
Pourquoi inonde-t-on les prés de Crau alors que l’eau est précieuse en été ?
Voir des prairies verdoyantes et inondées en plein été dans la Crau, l’une des zones les plus arides de France, peut sembler un paradoxe écologique. Pourtant, cette pratique ancestrale est la clé de la production du célèbre Foin de Crau AOP et un bienfait pour toute la région. Ce système ingénieux, hérité d’Adam de Craponne au XVIe siècle, consiste à dévier une partie des eaux de la Durance pour irriguer les prairies par submersion. L’eau s’écoule par gravité à travers un réseau de canaux, appelés « filhòles », et recouvre les parcelles pendant plusieurs heures, tous les 7 à 10 jours.
Loin d’être un gaspillage, cette technique est un chef-d’œuvre de gestion hydraulique. L’eau, en s’infiltrant lentement dans les sols, dépose de précieux limons qui fertilisent naturellement la terre et permettent d’obtenir un foin d’une qualité exceptionnelle, comme le notait déjà l’agronome Eugène Risler en 1890, qui parlait de rendements de 10 000 à 11 000 kg de foin sec à l’hectare. Plus surprenant encore, ce système est vital pour l’environnement local. Une étude sur la résilience du système hydraulique de la Crau a montré que cette irrigation est à l’origine de 70 % de la recharge de la nappe phréatique de la région, l’une des plus grandes de France. En d’autres termes, inonder les prés en été permet de stocker l’eau en profondeur, luttant ainsi contre la sécheresse et la salinisation des terres.
Ce « miracle de l’eau » transforme une plaine de galets en une oasis de biodiversité, condition sine qua non à l’existence même des paysages de foin que l’on vient admirer.
Comment réussir vos portraits au coucher de soleil avec les balles de foin sans gêner l’agriculteur ?
Le « golden hour » sur un champ de balles de foin est le rêve de tout photographe. Mais ce décor est avant tout un lieu de travail et une propriété privée. Pour que votre séance photo reste un plaisir partagé, quelques règles de savoir-vivre sont essentielles. L’erreur la plus grave est de penser que le champ est un espace public. Chaque pas que vous faites peut endommager la récolte à venir, notamment le « regain », cette deuxième coupe précieuse qui repousse après le premier fauchage.

La première règle est donc simple : ne jamais entrer dans un champ sans autorisation explicite de l’agriculteur. La plupart des belles photos peuvent être prises depuis le bord de la parcelle, en jouant avec la perspective. De même, il est extrêmement dangereux et dommageable de monter sur les bottes de foin. Une chute est vite arrivée, et si les balles sont enrubannées de plastique (pour l’ensilage), vous risquez de percer la protection, ruinant ainsi la conservation du fourrage. Enfin, soyez conscient que ce paysage est éphémère. Les balles ne restent souvent que 24 à 72 heures dans le champ avant d’être ramassées. La spontanéité est donc de mise ! Si vous tenez absolument à réaliser des clichés au milieu des bottes, la meilleure approche est de contacter en amont les fermes locales via leurs réseaux sociaux pour demander une autorisation.
Export ou local : où partent les milliers de tonnes de foin produites chaque année ?
Une fois pressées, ces imposantes balles de foin ne sont pas qu’un élément du paysage ; elles sont le maillon d’une chaîne économique de grande valeur. Avec un rendement pouvant atteindre 11 tonnes par hectare et par an selon le cahier des charges AOP, la production est considérable. Mais où va tout ce foin ? La réponse dépend en grande partie de la coupe.
Le foin n’est pas uniforme tout au long de la saison. Chaque coupe a des caractéristiques nutritionnelles spécifiques qui déterminent sa destination. La première, la plus abondante, est la plus prisée pour l’export. Le Foin de Crau est en effet le seul aliment pour animaux à bénéficier d’une Appellation d’Origine Protégée, un gage de qualité reconnu mondialement. Il est particulièrement apprécié pour les chevaux de course et de compétition, des écuries de Dubaï aux haras de Chantilly. Les coupes suivantes, aux profils nutritionnels différents, trouvent preneur sur des marchés plus locaux ou spécialisés. Le tableau suivant détaille la destination de chaque récolte.
| Période de coupe | Caractéristiques | Destination principale |
|---|---|---|
| 1ère coupe (Mai) | Riche en graminées | Chevaux de course et bovins à l’engraissement |
| 2ème coupe (Juin-Juillet) | Équilibrée | Vaches et brebis laitières |
| 3ème coupe (Août-Septembre) | Riche en légumineuses | Ovins et caprins pour production laitière |
Ainsi, lorsque vous contemplez ces balles dans un champ, vous regardez un produit à haute valeur ajoutée, destiné à nourrir les animaux les plus exigeants, parfois à des milliers de kilomètres de là.
L’erreur de la voiture garée devant l’accès au champ qui bloque le travail des tracteurs
Dans l’enthousiasme d’une belle lumière ou d’un paysage parfait, on peut commettre une erreur lourde de conséquences : garer sa voiture « juste pour cinq minutes » devant un chemin de terre qui mène à un champ. Ce qui semble anodin est en réalité une entrave majeure pour le travail agricole. Les engins modernes sont larges, lourds et peu maniables. Un accès, même partiellement bloqué, peut immobiliser un convoi de plusieurs tracteurs et remorques, faisant perdre un temps précieux pendant les courtes fenêtres de récolte.
Il est important de savoir que ces chemins, même s’ils ne sont pas goudronnés, sont considérés comme des voies d’accès privées. Bloquer une telle entrée constitue une infraction. Selon le Code de la route, notamment l’article R417-10, un stationnement est considéré comme gênant lorsqu’il empêche l’accès à un immeuble ou une propriété. Un agriculteur est donc tout à fait en droit de faire appel à la fourrière pour dégager le passage. Au-delà de l’aspect légal, c’est une question de respect pour le travail d’autrui. Pendant la saison des foins, chaque heure compte pour rentrer la récolte avant la pluie ou la tombée de la nuit.
Pour éviter ces situations, la règle est simple : ne vous garez jamais, même pour un court instant, devant un portail, une barrière ou l’entrée d’un chemin agricole. Préférez toujours un parking officiel ou un bas-côté large et sécurisé, quitte à marcher quelques centaines de mètres de plus pour atteindre votre point de vue.
Votre plan d’action pour un stationnement respectueux
- Repérer les zones autorisées : Garez-vous uniquement sur des aires de stationnement désignées ou des bas-côtés où l’arrêt est manifestement autorisé et sans danger.
- Identifier les accès : Ne vous garez jamais devant les chemins d’accès aux parcelles agricoles, même s’ils semblent peu utilisés. Laissez un dégagement d’au moins 5 mètres.
- Vérifier la visibilité : Assurez-vous que votre véhicule ne masque pas la visibilité pour un engin agricole sortant d’un champ. La sécurité est primordiale.
- Anticiper la manœuvre : Imaginez un tracteur avec une large remorque devant passer. Votre voiture gêne-t-elle sa trajectoire ? Si oui, déplacez-vous.
- Choisir la sécurité : En cas de doute, optez pour la solution la plus prudente. Cherchez un parking de village ou une aire de repos officielle, même si cela vous oblige à marcher un peu plus.
Quand a lieu la fête du Foin à Saint-Martin-de-Crau et que peut-on y voir ?
Pour vivre la culture du foin au-delà des champs, rien ne vaut une immersion dans les fêtes locales qui célèbrent ce patrimoine. La ville de Saint-Martin-de-Crau, capitale du Foin de Crau, est l’épicentre de ces festivités. Chaque année, la Fête du Printemps et du Foin de Crau transforme la ville en une vitrine vivante du terroir. C’est l’occasion de découvrir les traditions liées au pastoralisme, au foin AOP et au folklore local. Le programme est riche en animations : défilés de groupes folkloriques, démonstrations de métiers anciens et, bien sûr, mise à l’honneur du fameux foin.

Un autre événement majeur est le Salon des Agricultures de Provence, qui se tient généralement au début du mois de juin au Domaine du Merle à Salon-de-Provence. C’est un rendez-vous incontournable pour toute la profession agricole régionale, mais aussi une sortie fascinante pour le grand public. L’édition 2025, par exemple, prévoit d’accueillir 250 exposants, 1500 animaux et 60 animations gratuites du 6 au 8 juin 2025. Vous pourrez y voir des concours d’animaux, des dégustations de produits locaux, et bien sûr des stands dédiés au Foin de Crau, où les producteurs expliquent avec passion les secrets de leur savoir-faire. C’est une opportunité unique de dialoguer directement avec les acteurs de ce paysage.
Ces fêtes permettent de mettre des visages sur le travail que vous observez dans les champs et de comprendre que derrière chaque balle de foin, il y a une histoire, une famille et une tradition.
Quelle coupe (1ère, 2ème ou 3ème) privilégier selon les besoins nutritionnels de vos animaux ?
Si vous êtes vous-même propriétaire d’animaux (chevaux, chèvres, lapins…), vous savez que tous les foins ne se valent pas. Le Foin de Crau AOP est particulièrement réputé pour sa richesse, mais celle-ci varie considérablement d’une coupe à l’autre. Le timing de la récolte a un impact direct sur la composition floristique, et donc sur la valeur nutritionnelle du produit final. Cette diversité est un atout, car elle permet de répondre aux besoins spécifiques de chaque type d’animal.
La qualité exceptionnelle du Foin de Crau vient de sa composition unique. Selon les normes botaniques établies par Gabriel Tallon, près de 27 espèces végétales différentes doivent entrer dans la composition de l’AOP. Ce mélange, riche et diversifié, est la signature du terroir. Le calendrier des coupes influence directement la proportion de graminées et de légumineuses, ce qui change la donne pour l’alimentation animale. Pour y voir plus clair, voici un tableau récapitulatif qui lie la période de coupe à l’aspect paysager et à la valeur nutritionnelle, vous aidant à choisir le foin le plus adapté.
| Coupe | Période | Aspect paysager | Valeur nutritionnelle |
|---|---|---|---|
| 1ère coupe | Mai-Juin | Herbe haute, floraison maximale, gros volume | Riche en graminées, idéal chevaux |
| 2ème coupe (regain) | Juillet-Août | Herbe plus rase, moins spectaculaire | Équilibré, parfait pour vaches laitières |
| 3ème coupe | Septembre | Herbe courte, pousse rapide avant l’hiver | Riche en légumineuses, apprécié des caprins |
La première coupe, visuellement la plus impressionnante dans les champs, est idéale pour les chevaux qui ont besoin d’énergie et de fibres. La deuxième coupe, ou « regain », plus équilibrée, convient parfaitement aux animaux laitiers. Enfin, la troisième coupe, plus riche en feuilles et en protéines grâce aux légumineuses, est un régal pour les chèvres et les moutons.
À retenir
- Le paysage des meules de foin est le résultat d’un calendrier agricole précis (3 coupes de mai à septembre) et non un décor permanent.
- La clé d’une visite réussie est le respect : ne pas entrer dans les champs, ne pas monter sur les bottes et ne pas bloquer les accès.
- Le Foin de Crau AOP est un produit de haute technologie agricole, basé sur une irrigation ancestrale qui soutient l’écosystème local.
Quand le paysage agricole change-t-il trop pour ne plus ressembler aux tableaux du XIXe ?
L’image romantique des meules de foin coniques, immortalisées par les peintres impressionnistes comme Claude Monet, appartient largement au passé. Cette transformation n’est pas une question de saison, mais d’évolution technologique. La mécanisation a remplacé ces constructions manuelles par les balles rondes ou carrées que nous connaissons aujourd’hui. Comme le souligne un article Wikipedia sur le sujet, » les meules traditionnelles ont disparu avec la mise en bottes » au profit de techniques de pressage et de stockage plus efficaces.
Le paysage n’est donc plus celui du XIXe siècle, mais il continue d’évoluer et de raconter de nouvelles histoires. L’une des transformations les plus surprenantes et symboliques est apparue récemment dans certains champs : les balles de foin roses. Il ne s’agit pas d’une nouvelle mode esthétique, mais d’un engagement solidaire. En 2019, dans le Conflent, un éleveur a été l’un des premiers en France à utiliser un film d’enrubannage rose pour ses bottes. Comme le rapporte France Bleu, cette initiative vise à soutenir la recherche et la lutte contre le cancer du sein. Chaque rouleau de plastique acheté génère un don à une association.
Ce paysage agricole n’est donc pas figé. Il a changé radicalement avec la technologie et continue de se transformer, portant aujourd’hui de nouveaux messages, qu’ils soient économiques, écologiques ou même sociaux. Le tableau du XIXe siècle a laissé place à une toile vivante, en constante réécriture.
Comment pédaler sur la Via Rhôna face au Mistral sans s’épuiser en 10 km ?
Pour de nombreux visiteurs, la découverte des paysages de la Crau se fait à vélo, notamment en empruntant la célèbre Via Rhôna. Cependant, cette région est le territoire d’un acteur puissant et souvent redouté des cyclistes : le Mistral. Ce vent froid et violent, qui peut souffler à plus de 100 km/h, est un allié pour le séchage du foin, favorisant une évaporation rapide et une conservation parfaite. Mais pour le cycliste qui remonte vers le nord, il se transforme en un mur invisible et épuisant.
L’affronter de front est une bataille perdue d’avance. Pour ne pas transformer votre balade en calvaire, une approche stratégique est nécessaire. La première astuce est de consulter les prévisions météo spécialisées (comme Météo-France ou Windy) qui donnent la force et la direction du vent heure par heure. Le Mistral est souvent plus faible le matin. Planifiez donc vos étapes vers le nord en début de journée et réservez les après-midis pour des visites ou des trajets en train.
Sur le terrain, la technique du « peloton » est votre meilleure amie. Rouler en file indienne, même à deux, permet de s’abriter mutuellement. La personne en tête fait le plus gros effort, il faut donc prendre des relais régulièrement. Repérez également sur la carte les tronçons de la Via Rhôna protégés par les fameuses haies de cyprès, qui agissent comme de véritables brise-vents. Enfin, n’ayez pas honte de changer vos plans. Si le vent est annoncé trop fort, il est plus sage de prendre le train pour la prochaine étape que de s’épuiser inutilement. Pédaler avec le Mistral dans le dos, en direction du sud, est en revanche un vrai plaisir !
Observer les paysages de foin n’est donc pas une simple contemplation, mais une immersion dans un écosystème complexe et vivant. En appliquant ces conseils, vous ne serez plus un simple touriste, mais un explorateur averti, prêt à capturer la beauté de la campagne tout en respectant ceux qui la font vivre. Pour aller plus loin et planifier votre itinéraire personnalisé en Provence, l’étape suivante consiste à consulter les offices de tourisme locaux qui pourront vous fournir des informations à jour sur les événements et les circuits.